EXTRAIT – … et je jouerai de la guitare

1 – Une histoire d’amour – La fin

(…) J’ai croisé Micha une semaine plus tard, un matin, en sortant du dépanneur. Il avait l’air bien. Il avait même l’air content de me voir. Il m’a demandé comment j’allais.

J’étais cernée. Je ne m’étais pas lavé les cheveux. J’avais sûrement une sale tête. Une boule dans la gorge, j’ai répondu :
– Et toi, ça va ?

Il a hoché la tête, songeur. Il est resté un moment silencieux. Puis, le plus simplement du monde, il a laissé tomber :
– J’ai une blonde.

Je me suis raidie. J’ai senti des milliers de petites aiguilles s’enfoncer dans ma peau. Ça me brûlait. Ça me mordait. J’avais envie de hurler : « Et moi ? Tu m’as déjà oubliée ? » Au lieu de cela, j’ai fait :
– Ah…

J’étais sur le point de pleurer. Ça devait crever les yeux. Mais Micha n’a rien vu. Il regardait le bout trempé de ses souliers. Il piétinait dans la gadoue. Et moi, je restais là, au milieu du trottoir, avec mes cheveux en bataille, une marque d’oreiller sur la joue. Je restais là, comme une statue, les deux pieds dans la neige sale, encore à moitié endormie, mais le cœur battant à toute allure. Micha a relevé la tête. Il a esquissé un sourire mi-désolé, mi-soulagé. Puis son regard s’est envolé au loin, au-delà des rues et des passants, des nuages et du ciel même, à des millions de kilomètres de nous deux. À présent, ses yeux brillaient. Mais ce n’était pas pour moi. Il m’a dit : « Salut, à la prochaine. » Et il est allé rejoindre sa nouvelle flamme…

 

5 – Une histoire d’amour – La rencontre

(…) Le lendemain, j’étais dans ma chambre en train de faire mes devoirs quand le téléphone a sonné. C’était Miriam.
– Je viens de parler à Samir…

Je me suis assise sur mon lit.
– Et puis ?
– Il dormait encore. Tu te rends compte ! Midi passé, et je l’ai réveillé…
– Qu’est-ce qu’il a dit ?

Mon amie tournait autour du pot. Elle me laissait mariner, rien que pour m’énerver.

– Tu connais Samir. Tu sais comment il est…
– Non, pas trop ! Qu’est-ce qu’il a dit ?
– Bien…
– Quoi ?

Elle a éclaté de rire. Puis, enfin, elle a lâché le morceau.
– Il est d’accord !

J’ai pris mon oreiller, je l’ai lancé au plafond. Je me suis mise à crier et à sauter sur mon lit comme sur un trampoline. Miriam criait aussi. Nous étions folles de joie. Enfin, nous avions un batteur. Samir jouerait pour Macadam totem ! Yahououououou !…

Au même moment, un certain Micha appelait Samir pour obtenir le numéro de téléphone de la petite brune avec le t-shirt des Gazelles atomiques. Je venais à peine de raccrocher que la sonnerie retentissait de nouveau.
– Anouk ?

J’ai répondu, un peu essoufflée.
– Oui.
– C’est Micha.

J’ai arrêté de respirer.

– Le gars au party, hier.
– …
– Allô ?
– Le gars avec les CD. Tu me replaces ?
– Oui, oui, tout à fait. Je te replace. Oui, oui…
– Je te dérange ?
– Non, non, pas du tout. Non, non, non…
– Qu’est-ce que tu fais ce soir ?

J’avais les mains moites, je tremblais comme une feuille, de peur, de bonheur, d’incrédulité. Le frisé, Micha, je veux dire, m’invitait au concert de Gogo carpet et les télépathes. Je n’avais encore jamais entendu parler d’un groupe pareil, mais qu’importe ! Micha m’aurait invitée au concert des Frères Kraft que je n’aurais pas hésité une seconde : rien ni personne sur cette planète n’aurait pu m’empêcher de sortir avec lui ce soir-là.

(…)

© Tous droits réservés
éditions Pierre Tissyere, Ville Saint-Laurent (Québec), Canada, 2008

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